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site Animé par Joseph ROUZEL, psychanalyste, formateur et superviseur, met au travail la confrontation entre psychanalyse et travail social. C'est un espace de réflexion, d'élaboration, de partage. Il fait circuler des textes libres, dispose d'un forum de discussion, d'un kiosque de critiques d'ouvrages récents et présente des propositions de formations en travail social. formations
"Toute formation humaine, affirme Jacques Lacan, a pour fonction, par essence et non par accident, de refréner la jouissance" (in Autres écrits). La formation professionnelle continue est un mode d'intervention sociale pour les apprentissages et les remises à jour qu'elle procure. De plus, elle favorise un questionnement chez les travailleurs sociaux quant à la place qu'ils occupent auprès des personnes dont la société leur confie l'accompagnement.
4, 5 et 6 octobre 2010 |
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« C’est pas ma branche », bougonne Brigitte, tête baissée sur son assiette. Je devine sur son visage, caché par ses cheveux blond platine, une moue de dépit. Des bagues à chacun de ses doigts rongés à vif, brillent ; ses mains nerveuses aux bracelets rutilants triturent fébrilement des boulettes de pain. Nous sommes face à face dans un coin tranquille de la cafétéria du CAT où elle travaille et nous nous rencontrons pour la première fois. Je suis éducatrice au service d’accompagnement à la vie sociale qui a été sollicité pour Brigitte. Par Brigitte ?
Cela fait vingt ans que je fréquente les éducateurs et je suis bien en peine de dire quelles sont leurs compétences. Je pense à Yves R., à Élisabeth W., que j’ai à la fois connus dans le cadre de l’école, lors de leur formation, et dans un cadre professionnel. Quelles sont leurs compétences, à ces deux-là ? Aucune, ou, du moins, ce n’est pas en ce terme que je parlerais d’eux. Yves, Élisabeth ont des idées, ils savent les défendre, ils n’ont pas leur langue dans leur poche, ils sont courageux, éveillés, ils font partie des gens qui ne vont pas au travail à reculons, etc. C’est tout cela, qui n’est pas spécifique, qui n’est pas à proprement parler une compétence au sens qu’on prête immédiatement à ce mot, qui fait qu’ils sont des éducateurs « sur qui l’on peut compter ».
Après dix années d’exercice en tant qu’éducatrice spécialisée en internat et en AEMO, un CAFERUIS, et ces deux années sur un poste de chef de service éducatif placée et déplacée sur deux services, j’ai été licenciée par l’association. Je ne peux pas dire « mon » association puisque aujourd’hui, à l’heure où les gros mangent les petits, les professionnels que nous sommes ont oublié cette ancienne notion d’appartenance à un lieu de travail, un jour, on est plus « chez soi » ! « Mon » ancienne association où je m’étais construite et professionnalisée a été reprise par une association de type entreprenariale, forte de plus de 900 salariés, déjà réputée pour licencier ses cadres. Les professionnels des associations privées du secteur social, ont vu beaucoup d’éducateurs expérimentés devenir chef sur des critères de mérite ou du zèle. Ceux-ci étaient souvent porteurs de l’histoire de leur établissement.
Qu’est-ce qu’éduquer veut dire ? Ou l’éducateur, quelle figure de l’altérité ? Comment la fonction éducative se spécifie-t-elle dans son rapport à l’autre ? Quels en sont les enjeux, les pièges, les finalités ? Comment l’éducateur peut-il constituer un autre structurant, un terme tiers, médiateur entre l’Autre du langage et un autre - sujet - pour qui ce rapport à l’Autre n’est pas sans poser problème, sans faire symptôme sur le versant du pathologique ou de la délinquance ? Selon quelles modalités peut-il veiller à la permanence d’une conversation susceptible de faire lien social ?
T’es pas cap ! Qui n’a pas entendu cette exclamation, voire cet ordre, que lance un enfant à un autre. Mis au défi, le petit s’exécute, ou pas. À travers cette courte exclamation entendue notamment dans les cours de récréation, se trouve posée toute ou partie de question de la limite, de son franchissement, de l’interdit, du possible, de l’impossible… Notre société, aujourd’hui, pose de manière accrue la question de la limite et du dépassement de soi. Jusqu’au plus haut sommet de l’État, le dépassement de ses limites est proposé. Nombreux sont les exemples actuels proposant le dépassement de soi, qui par là même font entrer dans le « sans limite ».
Bien que, dans nos sociétés progressistes, nous parlions de bien-être, d’épanouissement personnel, c’est de souffrance au travail dont il est question. Que ce soit de la part de spécialistes, de politiques : le discours fait en permanence état de ce phénomène, fortement orienté par les médias. Les accidents du travail et les suicides ne sont pas à minimiser. Est-ce à dire que l’esclave ne souffrait pas en son temps ? Est-ce que les ouvriers des chantiers des pyramides étaient mieux traités que les « travailleurs » actuels ?
En France, depuis quelque temps, la question de la supervision dans le secteur social et médico-social, voire en entreprise, a été soulevée à nouveau après une période d’éclipse d’une bonne vingtaine d’années. En Belgique, ces dix dernières années ont révélé une progression marquée de la demande de supervision auprès des organismes de formation continue. On constate une demande tout aussi accrue en Suisse francophone et au Québec. Cette question revient, non sans une certaine confusion.