On peut se réjouir de la disparition d'une défen-soeur des enfants, au regard de ce qui revient au Père d'instituer et de garantir leur place. Ce n'est pas tant du reste la féminisation du terme qui, de mon point de vue, vient tirer la fonction du côté d'un matriarcat omnipotent ou supposé palier l'abandon de domicile de ce dernier : il n'eut pas fallu attendre deux élections présidentielles emportées par des femmes pour qu'on parlât de présidente de la France, comme de chancelière d'Allemagne, sans que cela fit obstacle au plein exercice de la fonction symbolique (phallique) de la présidence. De même, ici ou là, a-t-on affaire à une Médiatrice de la République sans que cela n'oblitère le « res publica ».
Ce qui est plutôt douteux c'est, d'emblée, la fonction de Défenseur des enfants dans ce qu'elle voit le jour en 2000, à l'initiative du gouvernement Jospin, alors que son ministre de l'Intérieur, JP Chevènement, appuyé par la secrétaire d'Etat à la Famille, S. Royal, projette de retirer l'assistance éducative à la juridiction des mineurs « afin de permettre à celle-ci de mieux se consacrer à sa lourde tâche pénale ». Discours repris mot pour mot par R. Dati et N. Morano pour justifier de la disparition programmée du juge des enfants au civil. En effet, derrière le supposé Défenseur des enfants pointait déjà en 2000 une volonté de déshabiller l'intérêt de l'enfant pour celui de la Famille, une certaine famille, celle supposée précéder la société, à qui incomberait la réussite comme l'échec de l'éducation, pour mieux désengager la collectivité de cette charge, autrement dit de son coût. Charge assurée pour partie par la justice civile des mineurs, la réforme de la protection de l'enfance de mars 2007 ayant signé son acte de décès, les obsèques prévus pour la réforme l'ord. 45 à venir.
Si la défensoeure des enfants à largement trempé dans l'idéologie moralisatrice de cette gauche, ''gauchissant'' à l'envi les pratiques de protection de l'enfance (j'ai en mémoire l'article odieux de Claire Brisset dans Le Monde diplomatique de janvier 2001, fustigeant le « délit de pauvreté » des parents d'enfants confiés à l'ASE par décision de justice, et poussant jusqu'à faire le lien avec les génocides de l'époque pour « secouer, s'agissant d'enfants, la torpeur ambiante »...), et si elle a pris du recul par rapport à l'idéologie, sécuritaire cette fois, où menait ce « réarmement parental » (Chauvière), je reste persuadé que la suppression de sa fonction, alors même que le vers était dans son fruit, participe de la dé-mission attendue du juge des enfants, et qu'il faut dénoncer haut et fort ce pas de plus dans la dérive familialiste-populiste qui gagne. J'ajoute à cette protestation, l'amertume de constater que nombre de ceux qui s'élèvent aujourd'hui contre le sort réservé à la défenseure des enfants et le dérapage sécuritaire de la justice des mineurs, sont les mêmes qui, hier, par leur discours ou leur silence ont acté le tournant moralisateur qui l'a précédé et, pour partie, permis.
Défendre la "défenseure des enfants" ?
Charles Ségalen
(28/09/2009 19:09)
Ce qui est plutôt douteux c'est, d'emblée, la fonction de Défenseur des enfants dans ce qu'elle voit le jour en 2000, à l'initiative du gouvernement Jospin, alors que son ministre de l'Intérieur, JP Chevènement, appuyé par la secrétaire d'Etat à la Famille, S. Royal, projette de retirer l'assistance éducative à la juridiction des mineurs « afin de permettre à celle-ci de mieux se consacrer à sa lourde tâche pénale ». Discours repris mot pour mot par R. Dati et N. Morano pour justifier de la disparition programmée du juge des enfants au civil. En effet, derrière le supposé Défenseur des enfants pointait déjà en 2000 une volonté de déshabiller l'intérêt de l'enfant pour celui de la Famille, une certaine famille, celle supposée précéder la société, à qui incomberait la réussite comme l'échec de l'éducation, pour mieux désengager la collectivité de cette charge, autrement dit de son coût. Charge assurée pour partie par la justice civile des mineurs, la réforme de la protection de l'enfance de mars 2007 ayant signé son acte de décès, les obsèques prévus pour la réforme l'ord. 45 à venir.
Si la défensoeure des enfants à largement trempé dans l'idéologie moralisatrice de cette gauche, ''gauchissant'' à l'envi les pratiques de protection de l'enfance (j'ai en mémoire l'article odieux de Claire Brisset dans Le Monde diplomatique de janvier 2001, fustigeant le « délit de pauvreté » des parents d'enfants confiés à l'ASE par décision de justice, et poussant jusqu'à faire le lien avec les génocides de l'époque pour « secouer, s'agissant d'enfants, la torpeur ambiante »...), et si elle a pris du recul par rapport à l'idéologie, sécuritaire cette fois, où menait ce « réarmement parental » (Chauvière), je reste persuadé que la suppression de sa fonction, alors même que le vers était dans son fruit, participe de la dé-mission attendue du juge des enfants, et qu'il faut dénoncer haut et fort ce pas de plus dans la dérive familialiste-populiste qui gagne. J'ajoute à cette protestation, l'amertume de constater que nombre de ceux qui s'élèvent aujourd'hui contre le sort réservé à la défenseure des enfants et le dérapage sécuritaire de la justice des mineurs, sont les mêmes qui, hier, par leur discours ou leur silence ont acté le tournant moralisateur qui l'a précédé et, pour partie, permis.