Joseph, j’ai hésité à te répondre, ici – je souhaite éviter de cristalliser un désaccord, une opposition duelle.
Réussir à laisser vivre ce désaccord entre nous, ce serait pas mal je crois.
Quoiqu’il en soit je te remercie d’avoir accepté ce texte sur ton site, même s’il t’en coûte. Crois-tu qu’il ne m’en coûte ? Cela montre en tous les cas que ce site peut valoir, pour de bon, comme un espace tiers. Cela te différencie à mes yeux de ce « lacanisme » que je critique tant, qui a produit cette fragmentation institutionnelle de la psychanalyse que nous connaissons.
J’espère que pour aborder ce désaccord tu accepteras, comme je m’y efforce de mon côté quand je te lis, d’en passer un peu par mes signifiants, pour voir s’il n’y aurait quand même pas quelque chose à prendre en compte dans le fait que je sois si négatif par rapport au mouvement de la « supervision ».
Précisons un peu. Si je suis partisan d’en finir avec ce signifiant de « supervision » pour notre champ éducatif, cela ne me fait pas pour autant négliger l’intérêt que peuvent avoir des espaces tiers de formation, d’échanges, des groupes de travail pour les travailleurs sociaux, ni m’opposer, ce serait stupide, à la participation des psy dans la tâche commune d’élaboration des pratiques auxquelles ils se trouvent associés.
Toute la question pour moi, question contenue dans le texte de Jean-François, c’est de savoir comment cela joue dans le champ institutionnel, comment cela s’intègre ou pas à la tâche commune, à l’acte professionnel. C’est bien dans le fil de ce questionnement que je situe ma réflexion. Et cela me regarde car cela touche aux enjeux identificatoires pour les éducateurs, et partant à la manière dont les éducateurs se situent par rapport aux parents des enfants dont ils ont la charge. Roman familial ou pas ? Ce point est pour moi très important.
Je t’accorde que j’y vais un peu fort ; mais ce n’est pas à un analyste que je vais apprendre que dès lors que tu « contraries », il y a toujours quelqu’un pour relever que tu t’y prends mal. Et c’est vrai que toujours, peu ou prou, le contrarieur, comme le père, il s’y prend mal. Et pourtant, sans « contrarieur », où irions-nous ? Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas à apprendre et recevoir des réactions des uns et des autres.
Sur la question de faire ou pas dans la nuance, c’est pareil. D’un côté je sais qu’on ne distingue jamais assez les choses ; mais d’un autre j’ai le sentiment que si je suis « lu » alors il est quand même possible de percevoir que des nuances j’en fais. Et puis je pose une autre question : est-ce qu’un questionnement beaucoup plus tempéré dans son expression que le mien, comme celui de Jean-François, est pour autant mieux entendu, reçu ?
Nombre de notations des textes sur la supervision que tu viens de publier correspondent à ma propre expérience, en particulier sur l’économie, tant individuelle qu’institutionnelle, de la demande de supervision. La question de la demande. Voilà je crois, pour qui ne croit pas à « l’inconscient collectif », à un « appareil psychique de groupe » (ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas une dynamique des groupes, liée au jeu inter-relationnel, aux transferts), la question centrale en l’affaire : « qui demande ? »
Je dis que pour ce que j’en lis cette question est souvent très brouillée, et cela a selon moi des effets pervers. Cela se lit par exemple dans le livre de Allione, qui malheureusement semble n’en tirer nulle conséquence.
Par contre je crois qu’un texte comme celui de Jacques Cabassut est plus rigoureux, car plus attentif et soucieux de cette affaire du « qui demande ». J’en ai apprécié bien des observations.
Je super-vise les textes ; on peut super-viser les miens. C’est cela lire, non ? A moins de se faire perroquet. (Aah le père ok.)
Tu poses, sur le forum, la question de savoir si par hasard ma réaction ne tiendrait pas à une expérience malheureuse de supervisé. Lisant cela, qui résonne fantasmatiquement drôlement, j’ai ri de bon cœur. Bon, plus sérieusement, je vais exposer en quelques mots mon expérience.
Dans mon trajet je n’ai jamais fait, n’en éprouvant pas le besoin, de travail de supervision avec des superviseurs venus de l’extérieur, « en plus » des psy travaillant dans le Service. J’ai par contre eu affaire à la demande que faisaient certains de mes collègue autrefois ; ils disaient : « c’est la demande de l’équipe » – m’excluant par là de fait, ainsi que deux ou trois autres qui ne demandaient rien, de cette « équipe ». On voit déjà là comment se manifeste une demande collective de ce type… Les psy du Service n’y suffisent pas, était-il dit par ceux qui soutenaient cette demande d’un psy extérieur…Nous n’avons pas assez de temps de parole… (Il y en avait pourtant de très nombreux !) Et puis, ajoutaient-ils, on ne peut tout dire devant les chefs…
Je me suis toujours opposé, de ma place, et dans la parole, à cette demande, je l’ai toujours contrariée, en raison bien sûr de l’interprétation qui chaque fois m’en venait. Je ne suis donc jamais allé en « supervision » ainsi, c’est je crois parce que j’étais, comme on dit, « en analyse ». C’est pas que je veux envoyer tout le monde en analyse, mais moi je pense qu’il vaut mieux que le sujet aille en analyse qu’en supervision. Tu vas peut-être me répondre que les deux ne sont pas antinomiques. C’est à voir de plus près. E cela pose aussi la question de savoir comment le sujet, en analyse, il y va. Je n’y suis pas allé d’abord pour des raisons professionnelles, même si j’ai compris assez vite que l’analyse était pour moi la condition pour poursuivre dans ce métier d’éducateur.
Voilà qui m’a permis assez tôt de me dégager de ce mode de discours médico-psycho-éducatif qui gouverne tant de « synthèses » dans les institutions et services, où c’est toujours de l’autre qu’il s’agit, de l’autre dont on parle, comme dans le psychologisme. L’analyse a provoqué pour moi un renversement : je me suis très vite impliqué non pas tant dans la question de savoir non pas tant comment parler de cet autre, de ce « cas », que dans la question de savoir ce qu’il en était de la parole, de la façon dont on se parle, dans le Service, entre partenaires, dans la question de savoir donc pour l’éducateur d’AEMO ce qu’il en est de sa position de discours, de sa façon de parler aux parents, aux enfants. Qu’est-ce que parler dans l’AEMO ? Mais de cette question les plus orgueilleux, les plus équipés de technicité, n’en veulent pas ! Et en cette affaire la résistance est multiple ; elle vient de partout. Je m’y suis tenu, et j’ai fait et continue de faire en sorte que dans notre travail d’élaboration des pratiques, dans tout le travail institutionnel, il y ait « réflexion », au sens donc du retour de la question et du regard sur soi… Dans ce trajet j’ai eu et j’ai encore la chance de travailler avec des collègues psy suffisamment modestes et décentrés – ce qui n’est pas le cas de ceux du Parti lacaniste – pour ne pas tirer la couverture à eux, et valoir ainsi, dans leur différence, collègues parmi les collègues, dans la tâche commune d’élaboration de l’AEMO dans le contexte judiciaire. Ceux-là, au contraire des lacanistes, à qui je parle, qui me parlent, n’ont jamais fait de propagande pour quelque Cause que ce soit, ou pour quelque groupe que ce soit, dans le Service. Je les ai souvent houspillés, c’est dans mon tempérament, mais ils me l’ont bien rendu, continuant d’exister, avec une certaine reconnaissance, et cela m’a beaucoup aidé ; j’ai de la reconnaissance et de l’affection pour ceux-là, dont l’expérience de l’analyse est profonde, le sens de l’altérité bien établi. A contrario les mises en jeu institutionnelles de psy liés au Parti lacaniste m’ont malheureusement confirmé depuis longtemps dans mon appréciation négative de leur mode d’intervention dans le champ qui est le nôtre. Je les vois ou comme des « expropriateurs du transfert » et/ou comme des « communiants ». Bien des choses, observées au cours de ma vie, me font douter de l’issue qu’ils peuvent ouvrir aux analysants. J’essaie toutefois de ne pas les réduire à leurs identifications imaginaires, mais c’est parfois bien difficile, tant ils y mettent de passion.
Depuis 27 ans que je travaille dans ce même service d’AEMO à Bordeaux, sans m’être pour autant, ça s’entend j’espère, chronicisé, nous avons tous, dans des petits groupes, avec chef de Service et psy, un travail régulier hebdomadaire d’élaboration des pratiques, sans compter bien sûr les autres réunions institutionnelles. C’est un Service dans lequel il y a naturellement, et c’est encore heureux, des contradictions, et un enjeu permanent d’orientation (à savoir sous quel régime du mythe institutionnel nous demeurons), mais nous avons conquis – et je mesure ce « nous » – un certain sens des limites et de l’écart. Le travail sur un cas de mon collègue Christophe Vigneau, exposé dans son texte sur ce site, en est un témoignage.
Donc, point de supervision, mais bien le jeu « superviseur » multiple des tiers institués. Chacun, à sa manière, participe de la supervision, c’est-à-dire d’abord de la possibilité pour le praticien d’AEMO de ne pas s’enferrer dans une relation par trop duelle, très imaginaire… Cette orientation qui est mienne ne m’a pas pour autant empêché de travailler à l’extérieur du Service, mais sans lien organique avec le Service, avec des groupes, puis avec des interlocuteurs divers, en particulier pour ce qui concerne la réflexion sur la fonction du juge, avec mon vieil ami Boulet, longtemps juge des enfants à Bordeaux, et qui a longuement travaillé avec Legendre et son épouse au Laboratoire européen sur la Filiation. Dans ce trajet je suis resté ouvert à des enseignements multiples, tant dans le champ de la philosophie que de la psychanalyse. J’en suis ainsi venu à me considérer ni d’en bas ni d’en haut, sachant un peu mieux combien je reste inculte, et combien j’ai été retardé…
Etre resté en fonction, comme éducateur de base, éducateur ayant conquis « d’être à soi-même sa propre figure » (Winnicott), voilà qui m’a offert la possibilité de bien connaître les manières dont un éducateur peut être requis par ceux qui se croient d’en haut justement. Ah l’esprit de la mission… Tu sais peut-être ce que disait Hampaté Bâ, voyant venir en Afrique les missionnaires de l’industrialisme et du management conquérant : « ils nous prennent pour des nègres ».
quelques précisions
Daniel Pendanx
(15/01/2010 15:57)
Réussir à laisser vivre ce désaccord entre nous, ce serait pas mal je crois.
Quoiqu’il en soit je te remercie d’avoir accepté ce texte sur ton site, même s’il t’en coûte. Crois-tu qu’il ne m’en coûte ? Cela montre en tous les cas que ce site peut valoir, pour de bon, comme un espace tiers. Cela te différencie à mes yeux de ce « lacanisme » que je critique tant, qui a produit cette fragmentation institutionnelle de la psychanalyse que nous connaissons.
J’espère que pour aborder ce désaccord tu accepteras, comme je m’y efforce de mon côté quand je te lis, d’en passer un peu par mes signifiants, pour voir s’il n’y aurait quand même pas quelque chose à prendre en compte dans le fait que je sois si négatif par rapport au mouvement de la « supervision ».
Précisons un peu. Si je suis partisan d’en finir avec ce signifiant de « supervision » pour notre champ éducatif, cela ne me fait pas pour autant négliger l’intérêt que peuvent avoir des espaces tiers de formation, d’échanges, des groupes de travail pour les travailleurs sociaux, ni m’opposer, ce serait stupide, à la participation des psy dans la tâche commune d’élaboration des pratiques auxquelles ils se trouvent associés.
Toute la question pour moi, question contenue dans le texte de Jean-François, c’est de savoir comment cela joue dans le champ institutionnel, comment cela s’intègre ou pas à la tâche commune, à l’acte professionnel. C’est bien dans le fil de ce questionnement que je situe ma réflexion. Et cela me regarde car cela touche aux enjeux identificatoires pour les éducateurs, et partant à la manière dont les éducateurs se situent par rapport aux parents des enfants dont ils ont la charge. Roman familial ou pas ? Ce point est pour moi très important.
Je t’accorde que j’y vais un peu fort ; mais ce n’est pas à un analyste que je vais apprendre que dès lors que tu « contraries », il y a toujours quelqu’un pour relever que tu t’y prends mal. Et c’est vrai que toujours, peu ou prou, le contrarieur, comme le père, il s’y prend mal. Et pourtant, sans « contrarieur », où irions-nous ? Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas à apprendre et recevoir des réactions des uns et des autres.
Sur la question de faire ou pas dans la nuance, c’est pareil. D’un côté je sais qu’on ne distingue jamais assez les choses ; mais d’un autre j’ai le sentiment que si je suis « lu » alors il est quand même possible de percevoir que des nuances j’en fais. Et puis je pose une autre question : est-ce qu’un questionnement beaucoup plus tempéré dans son expression que le mien, comme celui de Jean-François, est pour autant mieux entendu, reçu ?
Nombre de notations des textes sur la supervision que tu viens de publier correspondent à ma propre expérience, en particulier sur l’économie, tant individuelle qu’institutionnelle, de la demande de supervision. La question de la demande. Voilà je crois, pour qui ne croit pas à « l’inconscient collectif », à un « appareil psychique de groupe » (ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas une dynamique des groupes, liée au jeu inter-relationnel, aux transferts), la question centrale en l’affaire : « qui demande ? »
Je dis que pour ce que j’en lis cette question est souvent très brouillée, et cela a selon moi des effets pervers. Cela se lit par exemple dans le livre de Allione, qui malheureusement semble n’en tirer nulle conséquence.
Par contre je crois qu’un texte comme celui de Jacques Cabassut est plus rigoureux, car plus attentif et soucieux de cette affaire du « qui demande ». J’en ai apprécié bien des observations.
Je super-vise les textes ; on peut super-viser les miens. C’est cela lire, non ? A moins de se faire perroquet. (Aah le père ok.)
Tu poses, sur le forum, la question de savoir si par hasard ma réaction ne tiendrait pas à une expérience malheureuse de supervisé. Lisant cela, qui résonne fantasmatiquement drôlement, j’ai ri de bon cœur. Bon, plus sérieusement, je vais exposer en quelques mots mon expérience.
Dans mon trajet je n’ai jamais fait, n’en éprouvant pas le besoin, de travail de supervision avec des superviseurs venus de l’extérieur, « en plus » des psy travaillant dans le Service. J’ai par contre eu affaire à la demande que faisaient certains de mes collègue autrefois ; ils disaient : « c’est la demande de l’équipe » – m’excluant par là de fait, ainsi que deux ou trois autres qui ne demandaient rien, de cette « équipe ». On voit déjà là comment se manifeste une demande collective de ce type… Les psy du Service n’y suffisent pas, était-il dit par ceux qui soutenaient cette demande d’un psy extérieur…Nous n’avons pas assez de temps de parole… (Il y en avait pourtant de très nombreux !) Et puis, ajoutaient-ils, on ne peut tout dire devant les chefs…
Je me suis toujours opposé, de ma place, et dans la parole, à cette demande, je l’ai toujours contrariée, en raison bien sûr de l’interprétation qui chaque fois m’en venait. Je ne suis donc jamais allé en « supervision » ainsi, c’est je crois parce que j’étais, comme on dit, « en analyse ». C’est pas que je veux envoyer tout le monde en analyse, mais moi je pense qu’il vaut mieux que le sujet aille en analyse qu’en supervision. Tu vas peut-être me répondre que les deux ne sont pas antinomiques. C’est à voir de plus près. E cela pose aussi la question de savoir comment le sujet, en analyse, il y va. Je n’y suis pas allé d’abord pour des raisons professionnelles, même si j’ai compris assez vite que l’analyse était pour moi la condition pour poursuivre dans ce métier d’éducateur.
Voilà qui m’a permis assez tôt de me dégager de ce mode de discours médico-psycho-éducatif qui gouverne tant de « synthèses » dans les institutions et services, où c’est toujours de l’autre qu’il s’agit, de l’autre dont on parle, comme dans le psychologisme. L’analyse a provoqué pour moi un renversement : je me suis très vite impliqué non pas tant dans la question de savoir non pas tant comment parler de cet autre, de ce « cas », que dans la question de savoir ce qu’il en était de la parole, de la façon dont on se parle, dans le Service, entre partenaires, dans la question de savoir donc pour l’éducateur d’AEMO ce qu’il en est de sa position de discours, de sa façon de parler aux parents, aux enfants. Qu’est-ce que parler dans l’AEMO ? Mais de cette question les plus orgueilleux, les plus équipés de technicité, n’en veulent pas ! Et en cette affaire la résistance est multiple ; elle vient de partout. Je m’y suis tenu, et j’ai fait et continue de faire en sorte que dans notre travail d’élaboration des pratiques, dans tout le travail institutionnel, il y ait « réflexion », au sens donc du retour de la question et du regard sur soi… Dans ce trajet j’ai eu et j’ai encore la chance de travailler avec des collègues psy suffisamment modestes et décentrés – ce qui n’est pas le cas de ceux du Parti lacaniste – pour ne pas tirer la couverture à eux, et valoir ainsi, dans leur différence, collègues parmi les collègues, dans la tâche commune d’élaboration de l’AEMO dans le contexte judiciaire. Ceux-là, au contraire des lacanistes, à qui je parle, qui me parlent, n’ont jamais fait de propagande pour quelque Cause que ce soit, ou pour quelque groupe que ce soit, dans le Service. Je les ai souvent houspillés, c’est dans mon tempérament, mais ils me l’ont bien rendu, continuant d’exister, avec une certaine reconnaissance, et cela m’a beaucoup aidé ; j’ai de la reconnaissance et de l’affection pour ceux-là, dont l’expérience de l’analyse est profonde, le sens de l’altérité bien établi. A contrario les mises en jeu institutionnelles de psy liés au Parti lacaniste m’ont malheureusement confirmé depuis longtemps dans mon appréciation négative de leur mode d’intervention dans le champ qui est le nôtre. Je les vois ou comme des « expropriateurs du transfert » et/ou comme des « communiants ». Bien des choses, observées au cours de ma vie, me font douter de l’issue qu’ils peuvent ouvrir aux analysants. J’essaie toutefois de ne pas les réduire à leurs identifications imaginaires, mais c’est parfois bien difficile, tant ils y mettent de passion.
Depuis 27 ans que je travaille dans ce même service d’AEMO à Bordeaux, sans m’être pour autant, ça s’entend j’espère, chronicisé, nous avons tous, dans des petits groupes, avec chef de Service et psy, un travail régulier hebdomadaire d’élaboration des pratiques, sans compter bien sûr les autres réunions institutionnelles. C’est un Service dans lequel il y a naturellement, et c’est encore heureux, des contradictions, et un enjeu permanent d’orientation (à savoir sous quel régime du mythe institutionnel nous demeurons), mais nous avons conquis – et je mesure ce « nous » – un certain sens des limites et de l’écart. Le travail sur un cas de mon collègue Christophe Vigneau, exposé dans son texte sur ce site, en est un témoignage.
Donc, point de supervision, mais bien le jeu « superviseur » multiple des tiers institués. Chacun, à sa manière, participe de la supervision, c’est-à-dire d’abord de la possibilité pour le praticien d’AEMO de ne pas s’enferrer dans une relation par trop duelle, très imaginaire… Cette orientation qui est mienne ne m’a pas pour autant empêché de travailler à l’extérieur du Service, mais sans lien organique avec le Service, avec des groupes, puis avec des interlocuteurs divers, en particulier pour ce qui concerne la réflexion sur la fonction du juge, avec mon vieil ami Boulet, longtemps juge des enfants à Bordeaux, et qui a longuement travaillé avec Legendre et son épouse au Laboratoire européen sur la Filiation. Dans ce trajet je suis resté ouvert à des enseignements multiples, tant dans le champ de la philosophie que de la psychanalyse. J’en suis ainsi venu à me considérer ni d’en bas ni d’en haut, sachant un peu mieux combien je reste inculte, et combien j’ai été retardé…
Etre resté en fonction, comme éducateur de base, éducateur ayant conquis « d’être à soi-même sa propre figure » (Winnicott), voilà qui m’a offert la possibilité de bien connaître les manières dont un éducateur peut être requis par ceux qui se croient d’en haut justement. Ah l’esprit de la mission… Tu sais peut-être ce que disait Hampaté Bâ, voyant venir en Afrique les missionnaires de l’industrialisme et du management conquérant : « ils nous prennent pour des nègres ».