La libération est celle de la créativité et non celle de la stupidité !
La libération est celle de la créativité et non celle de la stupidité !
A mes collègues A. et G., à qui je renouvelle ici toute ma confiance !
Cet article vient témoigner plus d’un étonnement que d’une révolte, même si je dois avouer que je suis scandalisée par l’attitude de six personnes signataires d’une lettre dénonçant nommément deux collègues.
En juin dernier, nous apprenions sans un soulagement certain que la gouvernance vacillait sous le poids de son inconséquence politique. Ce qui ne veut pas dire qu’elle n’y ait pas eu de conséquences graves sur notre désir au travail et la responsabilité d’en être chacun, les artisans de son organisation tel que le rappelle C. Dejours 1, « Dans le modèle taylorien, on assiste, certes, à une dépossession d’un savoir mais aussi à une dépossession de la liberté d’organisation, de réorganisation ou d’adaptation du travail. » Mais est-ce le cas pour tout le monde ? On peut réellement se le demander à la lumière des derniers évènements survenus la semaine dernière… un passage à l’acte qui ne fût, certes, que l’expression de la peur de ceux qui peut-être prennent conscience de s’être trompés de combat en collaborant avec la gouvernance mais qui n’est pas un acte anodin! Certes, nous avons exprimé notre soulagement à avoir été enfin entendus par les institutionnels, extérieurs à l’institut de formation, qu’il s’agisse de la Région ou de l’Etat mais ce n’est pas pour autant que l’ambiance soit apaisée, au contraire… même pour nous qui avons résisté ! L’ennemi est en chacun d’entre nous et il erre dans les couloirs de l’institution entre fantasmes et angoisses. Des velléités pointent le bout de leur nez, il faut encore et toujours rappeler que notre priorité demeure les missions de service public et ce que nous devons à ceux que l’on appelle à tort, les étudiants (cela étant un autre débat !), on se surveille, on se teste, on désigne les héros ! Bref, on n’est pas humbles et rien n’est simple… oui il va falloir être sérieux.
J’apprenais donc, sortant de mon bureau et raccompagnant un collègue en formation, qu’une lettre avait été adressée au CHSCT, mettant nommément en cause deux de mes collègues pour des raisons de maltraitance. Cette lettre, témoin du courage de ceux qui dénonçaient, était signée par six personnes que l’on ne voit que peu dans l’établissement, et plus précisément en lien avec les deux collègues dénoncés.
Premières réactions, l’émoi et la colère contre ceux-là mêmes avec lesquels nous n’avons que peu à échanger et pour cause, du fait de la division « taylorienne » du travail dont a pu témoigner un organigramme illisible et pourvoyeur d’une forme de schizophrénie institutionnelle qui rend les gens fous !
Puis, comprendre et ne pas perdre le cap, celui de la construction à venir de cette école que l’on souhaite ouverte à toutes les créations singulières et collectives. Bien que cela soit humainement compliqué car on aurait vite fait de prendre à partie ces gens qui n’ont pas l’intelligence de résister à la personnalisation des problèmes alors que des instances existent pour dire son désaccord et ses craintes, ces lieux dans lesquels on ne les rencontre jamais. Céder serait si simple et cathartique mais il ne s’agirait pas de jouer comme eux, dans cette cour là.
Alors, collègues, à ne pas en douter, en grande souffrance comme nous, relisez l’histoire de cet établissement depuis plus de trois ans.
Souvenez-vous de cette gouvernance qui nous parlait de « démocratie participative », « d’humanisme », lors d’une présentation institutionnelle du projet d’association, nous aurions pu être tentés d’y croire, vous, peut-être y avez-vous cru ? Mais tout cela était cousu de fil blanc car très vite, toutes les prérogatives ont été confisquées, notamment avec le départ soudain et déguisé de notre directrice. Souvenez-vous des initiatives avortées et étouffées, « Le stress au travail trouve son origine dans des situations de « travail empêché, d’activité rentrée, avortée… »2, Signe du travail empêché, je pense aux « cafés sociaux » disparus, aux rapprochements interdits avec l’université dont nous, cadres souhaitions en être de cette co-construction des programmes pédagogiques, et ce à la demande également de nos collègues de la faculté des sciences humaines. Rien n’a été possible et encore moins le zèle!
Souvenirs douloureux des collègues en pleurs ou tombés sous le joug des arrêts maladie, est-ce donc de cela que vous vous languissez aujourd’hui ? Je ne saurais le croire sans craindre de faire offense à vos intelligences…
Les couloirs bruyants de vos peurs disent que si quelques-uns peuvent faire chavirer une gouvernance alors quid de vos emplois ? Ces murmures interstitiels sont peu respectueux par contre de nos intelligences à nous !
Il ne s’est jamais agi pour nous de viser des têtes mais de démanteler un système qui empêchait notre travail et fermait l’horizon de demain pour notre école, à l’heure où les HEPASS font de plus en plus parler d’elles. Il est déjà bien assez d’avoir manquer l’essor de l’IRTS et que nous ne sommes jamais devenu ! Eclairés comme moi, vous savez aussi que les enjeux politiques sont à suivre de prêt si tant est que nous voulions être clairvoyants. Aujourd’hui une dynamique collective est en mouvement pour construire avec tous nos partenaires cette « école » que nous avons tant appelée de nos vœux et dont vous serez vous aussi les artisans. La seule concession que nous ne ferons pas, est celle de nous isoler de nouveaux des projets importants, nous en serons aussi de cet avenir là, le diagnostic sera partagé et toutes les énergies intellectuelles mobilisées.
Qu’avez-vous à y perdre ?
Il y en a parmi vous qui avez su travailler avec nous et qui ont même été embauchés par ceux que vous dénoncez, il y en a je ne les connais même pas et mieux je ne connais pas leurs fonctions, ce n’est pas que je me désintéresse mais cette institution a été si sclérosée que nous sommes devenus étrangers les uns aux autres et c’est justement ce que nous ne souhaitons plus et en particulier les deux collègues que vous accusez !
Ils ont été avec les autres collègues les artisans du collectif…
Alors si vous, vous empruntez à des pratiques d’un autre temps, pratiques qui me font froid dans le dos,… Nous, nous ne serons jamais du côté de l’épuration et de la désignation de l’ennemi… La libération est celle de la créativité et non celle de la stupidité !
Laurence Lutton, Cadre pédagogique
Notes
- Travail, usure mentale, www.cnam.fr/servlet/com.univ.collaboratif.utils.LectureFichiergw?ID
- Yves Clot, 'Le travail empêché : en finir avec les risques psychosociaux'', CNAM, Colloque, 10 novembre 2012
Citer ce texte
Laurence Lutton, « La libération est celle de la créativité et non celle de la stupidité ! », Psychasoc, 23 septembre 2013. En ligne : https://www.psychasoc.com/Textes/La-liberation-est-celle-de-la-creativite-et-non-celle-de-la-stupidite (consulté le …).