Lundi 29 Juin 2009
GUERRE et LIBERALISME
Les liens et la structure d'une dialectique des libertés
ou
les avatars d'une Démocratie insurgente.
LE PROGRES DE L'ESPRIT HUMAIN
dans
sa perpétuelle gésine d'accomplissement de soi.
« La Liberté est un mot qui chante beaucoup plus qu'il nous parle. »
Paul Valéry,
LA LIBERTE DE L'INDIVIDU
et
LES DERIVES D'UNE DEMOCRATIE INSURGENTE.
INTRODUCTION :
Dans la guise d'un préambule sur le manifeste de « Guerre et Libéralisme »:
« Nous avons eu des contemporains sous le règne de Louis XIV » déclarait Diderot en plein XVIIIe siècle. En fait, le courant de pensée critique et de philosophie naturaliste qui aboutit à l'esprit encyclopédique remonte même à la renaissance, à Rabelais et surtout à Montaigne. L'exigence critique, dans cette orientation innovante que pointait résolument le Libéralisme, ce courant avéré de philosophie politique, né d'une opposition à l'absolutisme et au droit divin dans l'Europe des lumières, affirme la primauté des principes de liberté et de responsabilité individuelles sur le pouvoir souverain. Il repose sur l'idée que chaque être humain possède des droits fondamentaux qu'aucun pouvoir ne peut violer, En conséquence, les libéraux veulent dénoncer les obligations sociales imposées par le pouvoir au profit du libre choix de chaque individu. Ainsi au sens large, le libéralisme prône sur un précepte moral qui s'oppose à l'assujettissement de l'individu, d'où découlent une philosophie et une organisation de la vie en société permettant à chaque individu la liberté d'expression dans le respect du droit du pluralisme et du libre échange des idées.
Historique d'une synopsis :
Parcourons dans une succincte approche historique les balises de ce parcours qui nous ont confirmés dans l'héroïque aspiration à ces dispositions que Paul Hazard qualifiait de « Crise de la conscience européenne ».
Les voyages :
Dès la fin du XVIIe siècle, les récits de voyages sont à la mode, Tavernier transporte ses lecteurs en Turquie, en Perse, aux Indes; Bernier et le P. Le Comte visitent la Chine, Chardin la Perse et les Indes ; à son retour d'Amérique le baron Lahontan publie ses Voyages, ses Mémoires, ses Dialogues. Tout au long du XVIIIe siècle enfin, paraîtront les Lettres Edifiantes et Curieuses des Jésuites missionnaires en Extrême-Orient, C'est une matière toute critique, prompt à en tirer des leçons de relativité et des objections contre le christianisme. D'autres missionnaires, d'autres conteurs, - Rousseau « la Nouvelle Héloise », Bernardin de St. Pierre « Paul et Virginie » louaient les vertus et le bonheur du bon « Sauvage », vigoureux, simple et généreux, ignorant la corruption de la civilisation des sciences et des arts et heureux parce qu'il obéit à la nature sa mère. Le sauvage nous montrant la supériorité, de la religion naturelle sur le christianisme et celle de la morale immanente sur les contraintes de la société civilisée.
Le libertinage
Aussi il ne faut point trop s'étonner que sous la Régence sévisse la réaction vivace, dans le dévolu de ce modus vivendi quelque peu licencieux et libertaire, ce
manifeste écart auquel se vouèrent volontiers ceux, essentiellement de noble origine, que l'on apostropha du vocable trivial et suggestif de «Roués »;
En effet, les arcanes d'une ascèse religieuse avérée trop impérieuse au crépuscule du règne du Roi Soleil, de même, les préceptes d'une récurrence trop austère à l'ère glorieuse du Jansénisme dans sa rigueur pessimiste, ainsi que les ardeurs très chrétiennes d'un Pascal et les sentences oratoires d'un Bossuet se devaient à l'évidence d'aboutir à ces dérives, dans les excès d'une conséquence bien trop fatale.
Naissance du Libéralisme :
John Locke, philosophe anglais (1632-1704) pose ce qui deviendra les fondements de la philosophie libérale moderne, en organisant et en développant ses thèmes principaux: théorie des droits naturels, limitation et séparation des pouvoirs, justification de la désobéissance civile, affirmation de la liberté de conscience, séparation de l'Eglise et de l' Etat.
Hume, Condillac, Montesquieu développent les conséquences de leurs positions philosophiques libérales dans les domaines politique et économique.
Le libéralisme a exercé une profonde influence sur la révolution américaine de 1775. De plus, une partie des élites bourgeoises ayant soutenu la Révolution française de 1789, dirigea le pays après la chute de la monarchie constitutionnelle. Celle-ci étant partisane du nouveau libéralisme économique, que tolèrera passivement Louis Philippe lorsqu'il accéda au trône ; quelque peu muselé dans ses pouvoirs en raison de la révolution avortée de 1830.
Les fondements du libéralisme :
Les droits naturels :
Le fondement de la pensée libérale est une théorie du droit selon laquelle chaque être humain est seul maître de lui-même et possède des droits fondamentaux et inaliénables qui découlent de sa simple existence et sont inhérents à sa nature, indépendamment des structures sociales dans lesquelles il est (ou n'est pas) inséré. Ces droits sont le droit à la liberté et le droit à la propriété.
Définition de la liberté article 4 de la Déclarations des droits de l'homme et du citoyen de 1789 :
« La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits ».
Controverse et critiques :
Individu et Société,
Civilité et Démocratie :
Des auteurs avancent non sans raison, que les présupposés du libéralisme ne trouvent pas de traduction concrète dans la réalité vécue de l'individu : l'unité sociale reste essentiellement le groupe, et selon leurs observations, l'individu ne peut être appréhendé dans la virtualité de sa totalité sur des bases exclusivement et strictement individuelles. Prenant en compte des réalités collectives telles que l'entreprise, l'association, la famille, selon ces considérations critiques, l'individu ne peut pas être une force autonome agissante ou se considérer de prime abord comme libre et affranchi au sein d'une société de masse, dans son idéologie, son histoire, ses institutions. Soulignons bien à ce propos que le libéralisme économique, dans sa dérive d'une essence plus moderne, reste quant à lui, une notion torve dans la conception classique du pure libéralisme philosophique. Il a pris naissance en 1830 en France en raison de la faiblesse et le pis aller d'une politique laxiste sous le règne de Louis-Philippe à l'ère de la Révolution Industrielle qui devait dans ses avatars et ses graves conséquences, engendrer la misère sociale tant décriée par la philosophie du Marxisme et en littérature le courant Réaliste et Naturaliste de la « Comédie Humaine » chez Balzac des « Rougon-Macquard » dans « Germinal » chez Zola, ainsi que dans le roman expérimental chez des auteurs tels que Flaubert et les frères Goncourt.
Abordons le discours de la perspective Psychanalytique chez Freud :
Reportons-nous dans notre réflexion pour étayer cette appréciation sur les dérives d'éventuelles démocraties insurgentes, et conflits belliqueux des nations au fil conducteur que nous tisse Freud dans son essai de 1915 alors que sévissait les ravages de la Grande Guerre.
La désillusion causée par la guerre.
Des grandes nations de race blanche régnant sur le monde, auxquelles incombe la direction du genre humain, que l'on savait employées à défendre certains intérêts communs au monde entier, et dont l'oeuvre comprend aussi bien les progrès techniques dans la domination de la nature que les valeurs artistiques et scientifiques de civilisation. De ces peuples-là, on avait attendu qu'ils fussent capables de résoudre par d'autres voies les dissensions et les conflits d'intérêts. Au sein de chacune de ces nations avaient été établies, pour l'individu, des normes morales élevées, auxquelles il devait se conformer dans la conduite de la vie, s'il voulait trouver sa place dans la communauté civilisée. Ces préceptes d'une rigueur souvent excessive exigeaient beaucoup de lui, un grand effort de contention, de limitation de soi-même et un large renoncement à la satisfaction pulsionnelle. Il lui était avant tout refusé de se servir des avantages extraordinaires que procure l'usage du mensonge et de la tromperie dans la compétition avec son prochain. L'Etat civilisé considérait ces normes morales comme les assises de son existence, il intervenait avec sévérité si on osait y toucher, et souvent déclarait qu'il ne convenait même pas de les soumettre à l'examen de la raison critique. On pouvait donc supposer qu'il les respecterait lui-même et qu'il n'avait pas l'intention de rien entreprendre contre elles, ce par quoi il eût nié les fondements de sa propre existence. Et voilà que la guerre, à laquelle nous ne voulions pas croire, éclata, plus cruelle et sanglante en raison du puissant perfectionnement des armes offensives et défensives.....et apporta la ….désillusion. Le pouvoir institutionnel des nations qui jusque-là prônait l'impératif catégorique des vertus sociales ruinait par son exemple sous la ruse et l'hypocrisie la plus meurtrière, des tromperies subversives et de sa barbarie, l'effort qu'il avait rigoureusement exigé de ses citoyens, lorsqu'il avait le stricte et exclusif monopole d'assujettir ses ressortissants aux vertus citoyennes impérieuses sur le mode stricto sensu.
C'est ainsi que le citoyen du monde civilisé, dont nous avons parlé plus haut, peut se retrouver désemparé dans un monde qui lui est devenu étranger, sa grande patrie en ruine, les biens communs dévastés, les concitoyens divisés et avilis! Ne croyant plus en rien, il devient capable de tous les méfaits, réduit à sa liberté instinctive la plus sauvage. Sa déception pourrait faire l'objet de quelques critiques. A le bien prendre, elle ne se justifie pas, car elle consiste en la destruction d'une illusion. Les illusions se recommandent à nous par le fait qu'elles nous épargnent des sentiments de déplaisirs et nous font éprouver à leur place la satisfaction. Il nous faut donc accepter sans nous plaindre qu'elles se heurtent un jour à une partie de la réalité et s'y brisent.
Cette guerre a suscité notre désillusion pour deux raisons: la faible moralité, dans leurs relations extérieures, des Etats qui se comportaient à l'intérieur comme les gardiens des normes morales et, chez les individus, une brutalité de comportement, dont on n'aurait pas cru que, participant de la plus haute civilisation humaine, ils fussent capables.
Comment se représentent-on, à vrai dire les processus par lesquels un individu parvient à un degré supérieur de moralité ? L'homme n'est pas de naissance noble et bon, aussi ne nous attardons pas davantage sur les accents trop angéliques concernant sa nature originelle. Une seconde réponse sera induite par l'idée qu'ici on se trouve nécessairement en présence d'un processus de développement et l'on admettra sans doute que ce développement consiste en ce que les mauvais penchants inhérents à l'homme sont exterminés et remplacés, sous l'influence de l'éducation et de l'environnement civilisé, par des penchants au bien. En ce cas il est permis, certes de s'étonner que chez l'homme ainsi éduqué le mal réapparaisse dans toute sa virulence. Mais cette réponse renferme également la proposition que nous voulons réfuter. En vérité il n'y a aucune « extermination » du mal. La recherche psychologique – dans un sens plus strict, la recherche psychanalytique – montre tout au contraire que l'essence la plus profonde de l'homme consiste en motions pulsionnelles qui sont de nature élémentaire, identiques chez tous les hommes et tendent à la satisfaction de certains besoins originels. Ces notions pulsionnelles ne sont en soi ni bonnes ni mauvaises. Nous les classons comme telles, elles et leurs manifestations, en fonction de leur rapport avec les besoins et les exigences de la communauté humaine. Une autre partie de cette transformation pulsionnelle doit nécessairement s'accomplir au cours de la vie elle-même. C'est ainsi que l'individu, non seulement se trouve soumis à l'action de son milieu civilisé actuel, mais subit également l'influence de l'histoire de la civilisation ancestrale.
C'est ainsi donc que ces considérations plus judicieuses une fois mieux appréhendées, nous apportent déjà une nuance de consolation : notre affliction et notre douloureuse désillusion provoquées par le comportement non civilisé de nos concitoyens du monde durant cette guerre était injustifié. Elles reposaient sur une illusion à laquelle nous nous étions laissé prendre. En réalité ils ne sont pas tombés aussi bas que nous le redoutions, parce qu'ils ne s'étaient absolument pas élevés aussi haut que nous l'avions pensé d'eux. Que les grandes individualités humaines, aient laissé tomber, les uns à l'égard des autres, les restrictions d'ordre moral, c'est ce qui les a incité de façon bien compréhensible à se soustraire pour un temps à la pression exercée par civilisation et à accorder une satisfaction transitoire à leurs pulsions réfrénées. Il est vraisemblable que leur moralité relative, en vigueur au sein de leur propre nation, n'en a subi aucun dommage.
Conclusion,
Dans la guise de ce discours nécessairement inachevé, risquons-nous à ouvrir une parenthèse :
sur
- Rêves et Chimères :
puis
- L'« Ordre de la Pensée » dans ses fantasmes et sa féconde subjectivité
et enfin
-« Pensée de l'Ordre » sociétal :
- « La Raison n'est pas autonome » : Freud.
« Le coeur a ses raisons que la Raison n'a pas. » Pascal.
Les incidences de l'affect dans le jugement.
Principe de plaisir et principe de Réalité : Freud.
Un remarquable exemple de la plasticité de la vie psychique est donnée par le sommeil auquel nous aspirons chaque nuit. Depuis que nous nous entendons à traduire des rêves, même extravagants et confus, nous savons que lors de chaque endormissement nous rejetons loin de nous notre moralité péniblement acquise, comme un vêtement que nous remettons le matin. Ce déshabillage est naturellement sans danger, parce que, paralysés par l'état de sommeil, nous sommes condamnés à l'inactivité. Seul le rêve peut nous renseigner sur la régression de notre vie affective à l'un des tout premiers stades de développement. Ainsi il est remarquable, par exemple, que tous nos rêves sont dominés par des motifs purement égoïstes.
Cest ainsi, que le remaniement pulsionnel sur lequel repose notre aptitude à la civilisation, peut lui aussi être ramené en arrière – de façon durable ou transitoire – par les interventions de la vie. Et là, les influences exercées par la guerre sont au nombre des forces capables de produire une régression psychique, et un retour en arrière. C'est pourquoi nous n'avons pas à considérer de façon trop péremptoire, comme inaptes à la civilisation tous ceux qui actuellement ne se comportent pas en hommes civilisés ; aussi, il nous est permis d'espérer qu'en des temps plus tranquilles l'amendement de leurs pulsions peut les réhabiliter sur le mode d'une caution plus sociale.
- « Expliquer mieux, pour mieux comprendre » disait Paul Ricoeur.
« Ne pas vainement déplorer, ni se lamenter, railler ou se moquer, mais Comprendre » : dirai-je en paraphrasant Spinoza.
Le discours intarissable sur la Liberté, les libertés, « ce mot qui chante beaucoup plus qu'il nous parle », « Condamnés à être libres », « Nous ne sommes pas libres mais nous le devenons » dirait J.P. Sartre, ce long soupir d'une humanité qui n'a pas ce qu'elle désire est le sempiternel écho d'un logos endiathetos (ce mystère de perceptions amorphes, celui des plis secrets de ma chair) qui appelle désespérément le logos prophorikos (la prose du Monde) cette rhétorique incompréhensiblement surnuméraire, plus ou moins sciemment surenchérie et étrangement inéliminable. Mieux parler, c'est peut-être apprendre à se taire – en écho à la phénoménologie de Merleau-Ponty -, car « Lorsque le coeur murmure, la voix parfois s'étrangle » nous donnait à entendre par là, Voltaire lui-même pourtant grand discoureur. La Raison de l'Individu et les exigences de la Société dans l'essence de leurs nécessités contingentes et réciproques, resteraient donc toujours à promouvoir dans la quiescence d'une harmonie à s'inventer de cesse. – Tracas de l'Utopie ?
Aussi c'est sous le style d'une litote que nous parachevons cette inépuisable et prégnante réflexion, celle de la quête providentielle d'une paisible espérance.
Chez Tolstoi cela se résumait à un titre. « Guerre ou Paix » qu'il faut peut-être entendre sous le réalisme latent d'un paradigme ad hoc dans l'opportun refrain de ce très consensuel adage universel : Si ….vis pacem para Bellum !
Maurice CASTELLO